
La victoire est venue d’une reddition silencieuse. Le 13 mai 2010, l’État français renonce, au terme du délai légal de pourvoi en cassation et après deux procès perdus au Pénal contre l’association Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG). Un communiqué sobre en assure les médias basques.
Plus d’un an auparavant, le 26 mars 2009, l’événement avait déjà été fêté, un peu prématurément, donnant au Palais de Justice de Bayonne un air de fête. Michel Berhocoirigoin, président de l’association, venait d’être relaxé devant une foule en liesse, applaudissant longuement cette « victoire » et plus encore les milliers de personnalités, d’élus ou d’anonymes qui s’étaient mobilisés pour soutenir EHLG dans cette nouvelle épreuve imposée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, au terme de quatre ans d’incessantes procédures destinées à interdire ou isoler l’association. « Vous ne pouvez imaginer l’ampleur de cette victoire » dira Michel Berhocoirigoin sur le perron du tribunal.
Deux semaines plus tard, la Chancellerie faisait appel, replongeant EHLG dans une année d’incertitudes et dans cette posture de résistance que Michel Berhocoirigoin adopte depuis sa jeunesse, pour lutter contre le modèle imposé d’agriculture industrielle.
« L’association d’aide au développement d’une agriculture paysanne et durable », dont le nom revendique la création d’une Chambre d’agriculture du Pays Basque, jouait plus qu’un simple procès qui s’attachait à déceler une vilaine confusion avec la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques. Pour mesurer « l’ampleur » de cet enjeu, il convient d’abord de considérer la nature politique de ce dossier, autour d’une revendication et d’un travail de terrain initié par le syndicat ELB il y a une trentaine d’années. La lutte exemplaire menée par EHLG, son succès auprès de l’opinion publique, ont été construits par étapes, faisant émerger une militance citoyenne au Pays Basque, inspirée des principes de résistance civile et ouvrant un nouvel horizon. On peut mesurer la valeur de ce mouvement aux moyens déployés par l’État français pour lui barrer la route.
« Comment traduisez vous Laborantza Ganbara ? » interrogeait systématiquement le Procureur de la République pour confondre les témoins du procès. Ce n’était rien qu’une question de langage mais au-delà, la traduction semble effectivement nécessaire pour comprendre le sens de cette démarche, sa profondeur, son histoire, bien au-delà d’une traduction en Justice par le représentant de l’État français. C’est ce que s’attache à faire ce livre en rassemblant pour la première fois toutes les pièces à convictions à verser au dossier. Un témoignage du procès historique de Laborantza Ganbara qui donne une perspective à cette affaire, et revient sur l’histoire d’une revendication, d’un bras de fer avec le pouvoir et des coulisses d’une lutte singulière, dont des milliers de personnes ont composé la recette et le mode d’emploi, désormais libres de droit pour d’autres combats de société.